L'aggravation de la situation n'est pas nouvelle, les ONG et certaines agences de l'ONU, tirent la sonnette d'alarme depuis des années. Le budget des gouvernements des pays en développement dans l'agriculture et la sécurité alimentaire est insuffisant depuis trop longtemps. En Afrique subsaharienne par exemple, la part du budget dédiée à l'agriculture est en moyenne de 4%. C'est ridicule, alors même que les deux tiers de la population vivent en milieu rural et de l'agriculture. La part de l'aide publique des pays riches au développement du Sud, dédiée à l'agriculture, est passée de 17% en 1980, à
moins de 5% aujourd'hui. La situation actuelle pouvait être prévisible.
Comment expliquez-vous cette progression? (guerres, réchauffement climatique...)
La progression du nombre de personnes qui souffrent de la faim, au-delà des régions en guerre ou des catastrophes naturelles, est majoritairement dûe à ce sous-investissement dans l'agriculture et le secteur rural. Il faut réinvestir massivement dans les agricultures locales! Mais les pays du Sud ont souffert également des programmes d'ajustement structurels, impulsés par la Banque mondiale, qui les ont contraints à un retrait de l'Etat dans ce secteur. Les petits producteurs ont été abandonné. Aujourd'hui, 70% des personnes qui souffrent de la faim sont des petits producteurs qui n'arrivent pas à vivre de leur activité et vont grossir les rangs des bidonvilles. Les politiques de lutte contre la faim qui ne cibleront pas ces agricultures familiales et vivrières sont vouées à l'échec.
La faim dans le monde est-elle directement liée à la démographie? Combien d'êtres humains la terre peut-elle nourir? Le sait-on?
Aujourd'hui, il y a mathématiquement assez de productions alimentaires pour nourrir les quelque 6,5 millards d'êtres humains. La question fondamentale réside dans l'accès des populations pauvres à l'alimentation. La FAO répète régulièrement que la planète est tout à fait capable d'augmenter la production alimentaire de 70% pour nourrir les 9 milliards de personnes en 2050. Mais encore faudra-t-il que ces 9 milliards d'individus aient un emploi et un pouvoir d'achat suffisant pour accéder aux denrées alimentaires. Soutien à l'augmentation de la production, maintien de l'emploi en milieu rural, dans les pays en développement, programmes de lutte contre la pauvreté («filet de sécurité», tel que bons d'achats pour les plus pauvres etc...) doivent être conjugués. Se pose finalement la question de la volonté politique pour mettre en oeuvre ces programmes.
Pourquoi. Il y a dans les pays du Nord suffisamment de moyens pour aider les pays du Sud, est-ce le manque de volonté qui fait entrave?
Le premier objectif millénaire du développement, décidé en 2000, dans le cadre de l'ONU, fixait une réduction du nombre d'affamés par deux, d'ici 2015. Soit 420 millions de personnes. Mais cet objectif ne sera pas atteint du fait d'un manque d'engagement financier de la part de la communauté internationale. Lors du Sommet de l'alimentation, en juin 2008, 22 milliards de dollars avaient été annoncés, aujourd'hui on estime que seulement 10% ont été déboursés. Oui, il y a un réel manque de volonté pour lutter contre la faim.
ressources, au dépend des populations locales et des agricultures vivrières. Cela pose finalement la question de la concurrence entre l'agro-industrie et les agricultures familiales. Comment expliquer, par exemple, que le Brésil soit une des premières puissances agricoles mondiales exportatrices, quand, dans le même temps, des millions de petits producteurs luttent pour l'accès à la terre et subsister au quotidien?
Selon Jean Ziegler, les agrocarburants sont -ils un nouveau risque pour les populations souffrant déjà de faim dans le monde.
Les agrocarburants détournent l'usage de la terre pour des carburants pour les moteurs, plutôt que pour l'alimentation. Les projets d'agrocarburants sont majoritairement de type agro-industriels, basés sur les monocultures. Dans les pays en développement, ils accaparent les meilleures terres.